Archives de Tag: roman policier

La Mort dans les nuages

Mort dans les nuagesRoman d’Agatha Christie (1935)

Death in the Clouds

En résumé : Dans un avion entre Paris et Londres, une femme seule est trouvée morte, sous le nez du détective Hercule Poirot.

Mon avis : Après avoir invité la mort sur un bateau de croisière (Mort sur le Nil) et dans un wagon de train (Le Crime de l’Orient-Express), Agatha Christie réussit l’exploit de placer un meurtre dans un avion, au vu de tous les passagers, et notamment de l’inévitable Hercule Poirot. Il est d’ailleurs étonnant que celui-ci se laisse aller à un profond sommeil, mais notre détective belge ne supporte pas les voyages dans les airs…

Un trajet Paris-Londres étant un peu juste en terme de temps pour accomplir un meurtre, le découvrir et élucider l’affaire, les protagonistes sortent bien vite de leur coucou, et c’est une enquête aux deux côtés de la Manche que l’écrivain nous présente, certains personnages jouant eux-mêmes les détectives amateurs aux côtés de Poirot. Ce schéma qui va et vient entre la France et l’Angleterre donne un dynamisme à ce roman, qui s’apparenterait presque à un roman d’aventures, et qu’on a rarement connu chez Dame Agatha, si ce n’est dans Les Sept Cadrans. Une fois encore, l’auteure profite de son livre pour nous dépeindre une bourgeoisie pétrie de vanité et de suffisance, mais n’évite pas pour autant l’écueil de quelques clichés sur les Français… Comment ça, je fais preuve de mauvaise foi ?

1 commentaire

Classé dans Grande-Bretagne, Romans

Le Masque gris

Masque grisRoman de Patricia Wentworth (1928)

Grey Mask

En résumé : Après quatre ans d’absence, Charles Moray décide de retrouver sa demeure familiale. Mais à son retour, il y découvre une réunion secrète entre personnes masquées, parmi lesquelles il reconnaît Margaret Langton, l’amour qu’il a quittée.

Mon avis : Patricia Wentworth est la contemporaine d’Agatha Christie, et a de toute évidence pâti de ces circonstances. On se souvient bien moins de son héroïne Maud Silver que d’Hercule Poirot ou de Miss Marple. Elle eut pourtant, à l’époque, sa part de succès dans le style armchair detective, catégorie typiquement britannique du roman policier. Dans ce roman, nombre de personnages et d’intrigues se croisent et s’entrecroisent, quitte à parfois perdre un tantinet le lecteur. Il y a d’abord l’intrigue principale, dans laquelle le héros Charles Moray tente de découvrir l’identité du Masque Gris, chef d’un réseau dans lequel est embrigadée la douce Margaret Langton, sa fiancée qu’il a quittée quatre ans auparavant. Puis vient la sous-intrigue qui est en fait le noir dessein de cette bande masquée : on cherche à supprimer la jeune Margot Standing, 18 ans à peine, dont le père vient de disparaître en mer en lui laissant une fortune conséquente qui attise la convoitise de son cousin Egbert, entre autres. Charles bénéficie de l’aide de son ami Archie Millar, qui lui conseille d’avoir recours aux bons soins de Maud Silver, ancienne gouvernante recyclée en détective privé.

Même si ce roman est le premier volume d’une série qui mettra en scène les enquêtes de la vieille fille férue de tricot et de ragots, ce qui étonne est justement l’absence de celle-ci. Elle apparaît aux moments opportuns pour délivrer un indice tombé d’on ne sait où, ou avouer qu’elle a dénoué des situations épineuses on ne sait trop comment. Le personnage est à peine ébauché, et son intervention manque cruellement de crédibilité et de cohérence.

Le reste du roman reste agréable à lire, même s’il tombe facilement dans la mièvrerie toute en retenue (British style oblige!). On sourira toutefois à l’esquisse du personnage de la jeune Margot, pintade victorienne dont la naïveté n’a d’égale que son caractère capricieux ; ou de celui d’Egbert, dilettante infatué qui tend à faire penser que l’intelligence n’est pas la qualité première des Standing. Mais si l’on considère l’ensemble, on comprend très bien pour quoi l’histoire de la littérature a retenu les enquêtes finement ciselées de Dame Agatha plutôt que les péripéties rocambolesques de Miss Wentworth.

1 commentaire

Classé dans Grande-Bretagne, Romans

Les Sept Cadrans

Sept CadransRoman d’Agatha Christie (1929)

The Seven Dials Mystery

En résumé : Suite à une plaisanterie qui tourne mal dans un manoir loué par sir Oswald Coote, la fille du propriétaire, Bundle Caterham, décide de mener l’enquête sur une mort bien curieuse.

Mon avis : En littérature comme en beaucoup de domaines, j’ai mes péchés mignons. Si, en cuisine, vous pouvez me satisfaire avec du caramel au beurre salé ou des graines de sésame, un petit Agatha Christie, de temps en temps, ravive mon plaisir de lecteur à coup sûr. Découverte à l’époque du collège, comme beaucoup d’entre vous, il ne faut pas cantonner la Lady à un écrivain d’enquêtes pour gamins (je ne serais pas aussi clément envers Mary Higgins Clark…). Agatha Christie a un univers bien à elle, peuplée d’aristos coincés du derche qui ne savent tellement plus quoi faire de leur fric qu’ils s’entretuent pour passer le temps. Mais Agatha Christie n’a pas son pareil pour décrire cette classe sociale et leurs travers, sous la couverture bien-pensante de leur position sociale. Bel exemple que ce roman, où de jeunes arrogants décident d’embêter un travailleur honnête (en apparence, comme toujours chez notre romancière)mais un peu austère, quitte à causer son décès par inadvertance (en apparence, là aussi).

En 1929, Agatha Christie a déjà rencontré le succès avec La Mystérieuse Affaire de Styles ou Le Meurtre de Roger Ackroyd, mais n’a pas encore signé d’autres de ses chefs d’œuvre, tels que Dix petits nègres ou Le Crime de l’Orient-Express. On sent un style encore jeune (quelques évidences dans l’intrigue), mais la filoute arrive quand même à nous surprendre à la fin. Ce volume ne ressemble pas à ce qu’on pourrait appeler un roman christien classique, ancêtre des séries formula shows. Ici l’histoire s’apparente à un roman d’espionnage, et alors qu’elle nous a habitués à des huis-clos insoutenables, elle nous balade ici entre la campagne anglaise et les bas-fonds de Londres. La jeune enquêtrice improvisée, Bundle, est un personnage attachant par sa fraîcheur et sa malice, mêlées à une insolence et une opiniâtreté qui font d’elle une rebelle parmi les siens, sorte de Miss Marple adolescente. Christie nous fait le plaisir d’insérer quelques seconds rôles cocasses comme on les aime, et signe un roman haletant et léger, qui donne envie de lire à la lumière d’une lampe torche, caché sous notre couverture.

Poster un commentaire

Classé dans Grande-Bretagne, Romans

Vert-de-gris

Vert-de-grisRoman de Viviane Moore (1999)

En résumé : En 1154, lors de la grande foire de Provins, le chevalier Galeran de Lesneven enquête sur des meurtres mystérieux.

Mon avis : S’il y a bien une période de l’Histoire qui m’ennuie plus que tout, c’est bien le Moyen-Âge. 1000 ans de seigneurs chevaliers qui se battent pour des territoires, pendant que leurs crassous de sujets illétrés passent leur temps à chasser ou à aller compter fleurette dans les bottes de foin! Disons que la classe s’est égarée entre l’Antiquité et la Renaissance… Pourtant, je ne reste pas réfractaire à toute œuvre évoquant ces temps sombres, ce serait me priver de chefs d’œuvre comme Le Nom de la rose ou Braveheart, pour n’en citer que deux.

Et ma curiosité ne m’a pas joué de vilain tour en posant ma main sur ce livre perdu sur les étagères de ma douce. Ne nous méprenons pas : ce roman n’est pas un indispensable de la littérature française (et oui, française! malgré le patronyme de son auteure), mais il n’en aucunement la prétention. Un protagoniste malin et courageux (forcément, il est Breton!), des seconds rôles dépeints avec charme, une intrigue bien ficelée, une pincée d’humour et un zeste de folklore médiéval, et vous avez la recette d’un polar à la sauce troubadour plutôt réussi, si on estime que la première qualité d’un roman policier est d’empêcher le lecteur de poser son livre. M’est avis que je recroiserai un jour le chemin des couleurs de cette série de Viviane Moore, le hasard ayant voulu que je commence par le dernier…

Poster un commentaire

Classé dans France, Romans

Le Trio infernal

Roman de FTrio infernalrançois Bernas (2005)

En résumé : Quelques semaines avant Noël, une femme se fait écraser dans une rue de Brest. Accident ou préméditation? Au commissaire Leblond de répondre à cette question.

Mon avis : Il y a des livres qu’on choisit sur leur réputation (c’est un classique!), sur le conseil d’un proche, à cause d’une promotion bien huilée, parce qu’on a rencontré son titre sur des blogs ou tout simplement parce que la couverture est alléchante. Et puis il y a ceux qu’on achète à cause des circonstances.

Dimanche matin, je suis au marché avec ma belle, et au détour d’une allée, entre nos légumes bio et nos crêpes fraîches, apparaît un monsieur seul à une petite table présentant quelques livres. Mon œil de lecteur ne pouvant résister à tout ce qui est composé d’une couverture et de quelques pages s’approche peu à peu, entrant dans le cercle fatidique qui me fait basculer du passant lambda au client potentiel. Le monsieur est souriant et avenant, et il fait un froid de canard. Comme approche, je ne trouve pas mieux que de lui demander si le titre de son roman est une référence au film de Francis Girod avec Romy Schneider et Michel Piccoli, et il me répond que non, d’un ton qui laisse penser qu’il a trop entendu cette question. Qu’importe, je suis bloqué : j’ai engagé la conversation, et je ne sais comment mettre un terme à cet échange les mains vides, sans passer pour un goujat. Je repars donc avec un livre en plus et 15€ en moins, ayant la même satisfaction que quand j’achète des patates minuscules et biscornues à un agriculteur du coin : avec une petite impression de m’être fait avoir…

Je devrais parfois me fier un peu plus à mes impressions. Sans être le pire livre que me soit passer dans les mains (après tout, il n’a aucune prétention), ce polar m’a paru comme… immature. Passé le plaisir enfantin de pouvoir situer tous les lieux de l’action (en gros, dans un périmètre de 2 km² en bas de chez moi), nous sautent à la tronche tous les clichés du roman de gare bâclé : commissaire ersatz de Maigret, ambiance nocturne et humide (je vous l’accorde, Brest en décembre ne ressemble pas à Miami!), cliffhanger à chaque fin de paragraphe, dernière phrase en exergue pour signaler un symbole évident… et j’en passe. Les personnages sont mal travaillés, l’intrigue est très sommaire, le style minimal (et pas minimaliste!), la psychologie sommaire et le coupable improbable. En tant que roman policier, ce livre est inutile. En tant que prospectus de l’office du tourisme de Brest, peut mieux faire.

Poster un commentaire

Classé dans France, Romans