Archives de Tag: roman initiatique

Hors de l’abri

Hors de l'abriRoman de David Lodge (1970)

Out of the Shelter

En résumé : Après avoir connu le Blitz de Londres, le jeune Timothy, 16 ans, part en vacances chez sa sœur dans l’Allemagne d’après-guerre.

Mon avis : Si l’on y réfléchit bien, chacun a une vie qui mériterait un roman, tout au moins certains épisodes de cette vie. Mais devrait-on tous le faire ? Je n’en suis pas persuadé. David Lodge démontre ici que raconter sa vie (même si Hors de l’abri reste un roman, beaucoup d’éléments sont autobiographiques) n’est pas donné à tout le monde. La différence ? Le talent, bien sûr !

Dans ce roman, l’auteur mêle deux genres a priori paradoxaux : le roman initiatique (quête de soi) et le roman international (qui tente à expliquer les grands mouvements politiques et sociaux), ce qui paraît assez casse-gueule ! En général, un aspect est plus réussi que l’autre, et on nous offre bien souvent des romans bancals (et pas bancaux !). Alors comment l’écrivain britannique a-t-il trouvé un tel équilibre entre les deux ? Le talent, je vous dis !

La première partie de ce roman est consacrée à la jeunesse de Timothy, enfant des quartiers populaires de Londres, pendant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Malgré le contexte terrifiant, le bonhomme ne voit que héros et aventures, même s’il fait aussi la lourde expérience de la perte de certains proches… Puis l’auteur nous entraîne, quelques années plus loin, dans l’adolescence de Timothy, dans une Angleterre qui peine à se redresser de ses pertes et qui vit au rythme des rationnements. La grande sœur du jeune homme, Kath, est partie en Allemagne pour travailler au compte des Américains, mais surtout pour fuir un environnement et une famille qui l’étouffent. Après quelques années de silence, elle décide d’inviter son frérot à quelques semaines de vacances à Heidelberg, cité nichée au cœur des montagnes allemandes et refuge de jeunes Américains en quête d’argent et de liberté.

C’est ce contraste entre une Angleterre ployant sous le poids de la rigueur après la victoire et une Allemagne devenue havre de fêtes et de décadence au lendemain de la défaite qui forme une des plus belles qualités de ce livre. Timothy découvre un monde où l’arrogance est le maître-mot, et où jouir de la vie dans l’ivresse et la luxure est un mode d’emploi à suivre à la lettre. David Loge pointe avec subtilité et mordant une culture américaine dévastatrice et séduisante à la fois, à travers les amis de Kath (devenue Kate pour l’occasion), mais également une société qui ne peut se défaire de son syndrome de sauveur du monde aux idéaux parfois naïfs, comme en témoigne le personnage de Don. L’Allemagne devient un champ de bataille pour la jeunesse américaine, qui se perd déjà dans la culture de l’entertainment et du plaisir pour cacher une désillusion et un manque cruel de repères.

Au milieu de tous ces enjeux idéaux et internationaux se joue l’apprentissage de la vie par Timothy Young, adolescent en pleine découverte de la culture des loisirs et de l’amour. Derrière un portrait attachant et drôle (la scène du placard est un petit bijou !) de ce jeune homme s’expriment la retenue so british qui caractérise nos voisins d’outre-Manche, et leur difficulté d’exprimer leurs sentiments et de s’offrir au plaisir. Là encore, Lodge met en parallèle ces deux cultures avec une talent de conteur et d’écrivain (non, ce n’est pas la même chose !) incroyable.

Ce roman a tout du livre culte. Je mets maintenant Heidelberg dans mes destinations prochaines de vacances, juste pour voir ce que, moi aussi, je peux y apprendre.

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Classé dans Grande-Bretagne, Romans

La Mécanique du cœur

Mécanique du coeurRoman de Mathias Malzieu (2007)

En résumé : À Édimbourg en 1874, Jack naît avec un cœur gelé, que le Docteur Madeleine remplace immédiatement par une horloge. L’enfant peut ainsi vivre, mais il devra éviter les émotions fortes…

Mon avis : Dans un pays on l’on aime bien mettre (et conserver) les artistes dans les cases, il était impensable que Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos, s’essaie à la littérature, lui chantre de la pop/rock alternative. Et à part Boris Vian (de mémoire), peu de personnes ont su embrasser les carrières de musiciens et d’écrivains avec autant de succès dans les deux. Pourtant, ce petit roman fit un buzz incroyable à sa sortie, l’univers que créa le nouvel écrivain étant très vite rapproché de celui de Tim Burton. Effectivement, il y a du Burton dans le début du roman (paysage enneigé, mécanique et humain mélangés, innocence du protagoniste, seconds rôles loufoques…), et ce sont de belles promesses qui enchantent le lecteur. Mais l’auteur veut créer un mythe, une histoire d’amour qui fera référence, comme Roméo et Juliette, Tristan et Yseult, Stone et Charden, et bien d’autres… Malheureusement, Malzieu semble avoir des difficultés à trouver une unité de ton (grands élans romantiques entrecoupés de « Putain! ») entre la grandeur classique et le roman moderne. De plus, après un début aux frontières de l’onirique, l’histoire s’installe, après quelques pages, dans une banalité ennuyeuse, la jeune fille faisant l’objet de l’attention du jeune Jack n’étant pas à la hauteur du travail descriptif auquel le protagoniste a eu droit.

Comme toute grande histoire amoureuse mythique, elle doit forcément mal se finir (ben oui, faut pas se leurrer !), et l’auteur a bien appris la leçon. Mais le roman se termine avec une sensation de bâclé, de manque d’inspiration, et gâche un peu le plaisir de cette lecture, qui reste dans l’ensemble distrayante.

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Classé dans France, Romans

Le Destin miraculeux d’Edgar Mint

Destin miraculeux d'Edgar MintRoman de Brady Udall (2001)

The Miracle Life of Edgar Mint

En résumé : La vie d’Edgar Mint commence le jour où il se fait rouler sur la tête par le facteur. Avant, c’était un père parti avant sa naissance, une mère alcoolique, une pauvre baraque dans une réserve d’Indiens. De séjours en hôpital en famille d’accueil, en passant par l’orphelinat, Edgar essaie de s’en sortir dans un monde qui ne lui fait pas de cadeau.

Mon avis : Voilà un drôle de roman que cette histoire de petit garçon à moitié Amérindien, à moitié fracassé de la tête (au sens littéral!). En trois époques différentes de sa vie (l’hôpital, l’orphelinat, la famille d’accueil), Brady Udall utilise ce bout d’homme hypersensible comme observateur innocent des travers d’une société bouffée par la religion, l’hypocrisie et la violence. L’auteur braque ses phares sur la pseudo-tolérance américaine, qui s’avère très vite tourner à de la condescendance, notamment à travers les personnages du directeur du pensionnat Willie Sherman, ou de la famille mormonne qui l’accueille chez elle. Grâce à son intelligence insoupçonnée (son entourage tend à penser qu’il est idiot), le jeune Edgar est à chaque fois rescapé des dangers auxquels il est confronté, toujours sous l’ombre de son ange gardien maléfique, un médecin paumé et borderline qui s’est avéré être son sauveur après l’accident.

Le roman d’une vie est un genre casse-gueule, car il apporte vite son lot d’inégalités et d’ennui. Heureusement ici, Brady Udall fait montre d’un style enlevé sans être maniéré, et dépeint chaque époque de la vie de notre jeune protagoniste sans jamais manquer de cohérence avec l’ensemble de son projet. Chapeau bas !

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Classé dans Etats-Unis, Romans