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Pourquoi j’ai mangé mon père

Pourquoi j'ai mangé mon pèreRoman de Roy Lewis (1960)

The Evolution Man

En résumé : Les aventures d’une famille préhistorique, menée par Édouard, inventeur qui va conduire son peuple vers une nouvelle ère.

Mon avis : Il existe des traductions de titre de roman un peu malheureuses. « Pourquoi j’ai mangé mon père » en est une, étant donné qu’elle annonce d’emblée au lecteur la fin du roman, ce dont on se passerait bien. Ceci dit, elle ne gâche pas pour autant le plaisir qu’on a à lire ce roman original et qui n’a pas pris une ride. On s’amuse toujours de voir cette famille de pithécanthropes (équivalents de l’homo erectus) faire la découverte du feu, événement qui va basculer cette race bâtarde en une ébauche d’êtres humains que nous sommes devenus. Pas une seule fois on a l’impression de lire un essai scientifique sur cette période préhistorique (vers -1.5 millions d’années), et pourtant le sociologue qu’était Roy Lewis ne fait aucune faute sur la véracité de ses propos.

L’intérêt de ce roman, et ce qui en a fait son succès au fil des décennies, réside dans l’humour omniprésent. Des anachronismes à l’absurde, en passant par les clins d’œil à notre histoire plus récente, l’auteur passionne autant qu’il amuse, notamment en dotant la famille de prénoms typiques de la bourgeoisie anglaise (Édouard, Ernest, Oswald…), mais également à travers l’érudition avec laquelle ils s’expriment et appréhendent leur univers. Amener les protagonistes à penser leur monde tel que les scientifiques tentent de le faire des milliers d’années après élève le récit au-delà de la simple figure de style, et pose les questions philosophiques et métaphysiques qu’ont apportées ces changements dans l’histoire de l’Humanité, comme si nous y étions. Car la découverte et la maîtrise du feu n’ont pas dû se produire sans appréhension (et quelques dégâts !).

Que les plus réticents, ceci dit, se rassurent. On est bien loin de La Guerre du feu. Je vous laisse le soin de découvrir les techniques de drague de l’époque, ou les rapport que l’homme savait (encore !) entretenir avec la nature et les animaux. Et de relativiser…

Ce roman est un conseil de L’Ivresse des Mots.

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Classé dans Grande-Bretagne, Romans

Ça m’agace !

Ca m'agacePensées de Jean-Louis Fournier (2012)

En résumé : Jean-Louis Fournier, par petits chapitres, nous offre un catalogue des choses qui lui triturent les nerfs, qui le mettent en rogne, qui lui donnent envie de mettre des baffes… bref, qui l’agacent !

Mon avis : Quand on offre un livre, il y a souvent deux raisons pour lesquelles on le fait. 1) On veut faire partager un livre qu’on a soi-même apprécié, et on veut le faire découvrir à quelqu’un d’autre. 2) Le livre en soi (titre, couverture, sujet) nous fait penser à la personne. Apparemment, c’est la raison n°2 qui a poussé la tante de ma douce à m’offrir ce petit pamphlet à Noël, l’expression du titre revenant, d’après elle, avec une récurrence certaine dans ma bouche. Soit, comment passer pour le râleur de service entre l’apéritif et la dinde aux marrons. Mais c’était oublier que ladite tante a l’œil (et l’oreille) plutôt juste. C’est donc avec un certain enthousiasme de rabat-joie que je m’attaquai à ce petit volume, certain d’y trouver une âme-sœur dans l’art d’égratigner les bienséances.

Si je me suis tout de suite retrouvé dans les sujets abordés, j’ai vite compris que ce petit livre n’avait quand même rien de subversif. Finalement, qui n’est pas un chouïa énervé par les moustiques, les musiciens de métro ou la déclaration d’impôt ? Mais au lieu de jouer uniquement la carte attendue de l’humour ironique (et pourtant, j’ai ri plus d’une fois!), l’auteur distille ça et là des notes poétiques et une imagination absurde. Et derrière ce portrait de râleur qui se dessine sous nos yeux, on découvre un homme qui voudrait simplement être heureux (comme William Sheller!).

Je ne résiste pas à partager un chapitre qui m’a particulièrement plu :

Pourquoi, à la télévision, les images du bonheur, ce sont des gens qui ont gagné, ou qui vont gagner, beaucoup d’argent? Un footballeur qui vient de marquer un but, une miss France qui vient d’être élue, ou des gens qui viennent de gagner à un jeu télévisé? Ils poussent des cris, ils hurlent de joie, ils trépignent, ils dansent, ils pleurent, ils s’embrassent, ils se roulent par terre, ils étreignent l’animateur. N’y aurait-il pas sur Terre d’autres raisons d’être heureux? D’autres images du bonheur? Pourquoi vous ne montrez pas des gens heureux à cause de rien? Heureux simplement d’être là et de vivre? Heureux chaque matin parce que le jour se lève. Heureux parce que c’est le printemps, qu’il y a des bourgeons dans les arbres. Heureux parce que c’est l’été, qu’il fait chaud, que l’eau de la source est fraîche. Heureux parce que c’est l’automne, que les forêts ont la couleur du feu. Heureux parce que c’est l’hiver, qu’il fait froid dehors et chaud à l’intérieur. Heureux parce qu’ils lisent un beau livre, heureux parce qu’ils adorent le bruit du vent, heureux parce qu’ils parlent et qu’ils écoutent les autres. Heureux parce qu’ils entendent de la musique, heureux parce qu’ils ont fait un beau dessin ou réussi un bon plat, heureux parce que leur parquet brille et leur voiture aussi, heureux parce que leur enfant a eu une bonne note à sa rédaction. Heureux parce qu’ils ont écrit une belle phrase. Heureux parce que la douleur s’éloigne. On dit « bêtement heureux ». C’est pas si bête d’être heureux.

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Classé dans Essais, France

En moins bien

Roman dEn moins bien‘Arnaud Le Guilcher (2009)

En résumé : Le narrateur, trentenaire français vivant en Californie, paumé poétique au bagout désinvolte, épouse la magnifique Emma quelques semaines après leur rencontre. Pour célébrer leur union, il l’invite au camping de Sandpiper, station balnéaire quelque peu… pittoresque. Mais leur voyage de noces ne se passera pas comme il l’espérait… forcément!

Mon avis : Je me demande si j’ai bien choisi le titre de ma première critique pour l’ouverture d’un deuxième blog… Mais bon!

Arnaud Le Guilcher est un auteur français totalement décomplexé face la culture américaine et ses grands écrivains, avec lesquels il a de toute évidence bâti son univers. On peut sentir les ombres de Jack Kerouac ou de Hunter S. Thompson planer sur ce roman qui sent l’océan, la poussière et l’alcool. L’écriture de Le Guilcher est cinématographique, vive et drôle. Il nous décrit parfaitement les rocambolesques situations qui s’enchaînent dont le protagoniste est mi-responsable, mi-victime. Son roman est truffé d’une imagination amusante, tant dans l’intrigue elle-même que dans les détails. Le héros est de ces losers magnifiques dont on aime lire les aventures, comme on en trouve chez Frédéric Beigbeder ou Philippe Jaenada, et dans lesquels on ne peut que se reconnaître au moins un peu.

Je profite de cet article pour y inclure une page de pub personnelle (après tout, je suis ici chez moi, et je fais ce que je veux!). En effet, ce roman m’a été conseillé par une amie qui vient d’ouvrir son café-librairie L’Ivresse des Mots, et je l’en remercie!

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Classé dans France, Romans