Archives de Tag: adolescence

Un oiseau blanc dans le blizzard

Un oiseau blanc dans le blizzardRoman de Laura Kasischke (1998)

White Bird in a Blizzard

En résumé : À Garden Heights, une banlieue comme tant d’autres dans l’Ohio, Eve, mère au foyer, part en laissant son mari et sa fille.

Mon avis : À sa sortie en 2011, une libraire de ma librairie préférée (dialogues, pour ne pas la citer :-P) m’avait conseillé la lecture des Revenants de Laura Kasischke, auteure que je ne connaissais point malgré sa renommée. Ce nom m’était resté dans un coin de mémoire, jusqu’à ce que je tombe sur ce roman en poche, et en ni une ni deux, ce livre s’est trouvé dans ma besace ! Il y a des rencontres qui sont le fruit de hasards heureux… et puis il y a des fois où il faudrait un peu plus se renseigner avant de s’aventurer !

Dans Un oiseau blanc dans le blizzard, Kasischke nous dépeint le monde aseptisé et si lisse en surface des banlieues américaines, nid de la petite bourgeoisie propre sur elle et pourrie en dedans. Un beau jour d’hiver, Eve, desperate housewife avant la tendance, décide de quitter mari et adolescente pour ne plus revenir. 20 ans qu’elle endosse le rôle de l’épouse parfaite, de la mère irréprochable : ras-le-bol ! Ras-le-bol d’un mari absent tout en étant là ; ras-le-bol de ne plus être regardée, désirée, respectée ; ras-le-bol de craquer sur le boyfriend de sa fille et de se sentir si pathétique. Mais le silence étant la loi suprême des suburbs, son départ restera mystérieux. Depuis, Kat, sa fille de 16 ans, essaie de comprendre, de vivre sans elle, de mener sa vie de lycéenne en menant son enquête. Puis d’année en année, elle essaie de se résoudre à l’absence, en sentant néanmoins un grain de sable dans la mécanique bien huilée de ces microcosmes peuplés de breaks familiaux et de parterres fleuris.

Le sujet est prenant, même si risqué : en effet, comment ne pas tourner en rond lorsqu’on évoque un personnage qui ressasse une absence et son ennui ? Apparemment, l’auteure n’a pas réussi à trouver la recette miracle, car je dois avouer qu’il m’est arrivé d’avoir envie de passer quelques pages, ce qui est assez rare. Le style de Kasischke, tant admiré par nombre de lecteurs, m’a laissé aussi froid que ses images. Et des images, il y en a ! Je n’ai jamais vu autant de comparaisons dans un roman ! Il vous faudra compter à peu près une comparaison pour deux phrases, à base de champs lexicaux du froid et des oiseaux, au cas où le titre vous aurait échappé. Je m’étonne d’ailleurs que celui-ci ne soit pas « COMME un oiseau blanc dans le blizzard », ou « Comme » tout court, ce qui annoncerait plus honnêtement ce qu’on trouvera dans ce roman.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Etats-Unis, Romans

Hors de l’abri

Hors de l'abriRoman de David Lodge (1970)

Out of the Shelter

En résumé : Après avoir connu le Blitz de Londres, le jeune Timothy, 16 ans, part en vacances chez sa sœur dans l’Allemagne d’après-guerre.

Mon avis : Si l’on y réfléchit bien, chacun a une vie qui mériterait un roman, tout au moins certains épisodes de cette vie. Mais devrait-on tous le faire ? Je n’en suis pas persuadé. David Lodge démontre ici que raconter sa vie (même si Hors de l’abri reste un roman, beaucoup d’éléments sont autobiographiques) n’est pas donné à tout le monde. La différence ? Le talent, bien sûr !

Dans ce roman, l’auteur mêle deux genres a priori paradoxaux : le roman initiatique (quête de soi) et le roman international (qui tente à expliquer les grands mouvements politiques et sociaux), ce qui paraît assez casse-gueule ! En général, un aspect est plus réussi que l’autre, et on nous offre bien souvent des romans bancals (et pas bancaux !). Alors comment l’écrivain britannique a-t-il trouvé un tel équilibre entre les deux ? Le talent, je vous dis !

La première partie de ce roman est consacrée à la jeunesse de Timothy, enfant des quartiers populaires de Londres, pendant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Malgré le contexte terrifiant, le bonhomme ne voit que héros et aventures, même s’il fait aussi la lourde expérience de la perte de certains proches… Puis l’auteur nous entraîne, quelques années plus loin, dans l’adolescence de Timothy, dans une Angleterre qui peine à se redresser de ses pertes et qui vit au rythme des rationnements. La grande sœur du jeune homme, Kath, est partie en Allemagne pour travailler au compte des Américains, mais surtout pour fuir un environnement et une famille qui l’étouffent. Après quelques années de silence, elle décide d’inviter son frérot à quelques semaines de vacances à Heidelberg, cité nichée au cœur des montagnes allemandes et refuge de jeunes Américains en quête d’argent et de liberté.

C’est ce contraste entre une Angleterre ployant sous le poids de la rigueur après la victoire et une Allemagne devenue havre de fêtes et de décadence au lendemain de la défaite qui forme une des plus belles qualités de ce livre. Timothy découvre un monde où l’arrogance est le maître-mot, et où jouir de la vie dans l’ivresse et la luxure est un mode d’emploi à suivre à la lettre. David Loge pointe avec subtilité et mordant une culture américaine dévastatrice et séduisante à la fois, à travers les amis de Kath (devenue Kate pour l’occasion), mais également une société qui ne peut se défaire de son syndrome de sauveur du monde aux idéaux parfois naïfs, comme en témoigne le personnage de Don. L’Allemagne devient un champ de bataille pour la jeunesse américaine, qui se perd déjà dans la culture de l’entertainment et du plaisir pour cacher une désillusion et un manque cruel de repères.

Au milieu de tous ces enjeux idéaux et internationaux se joue l’apprentissage de la vie par Timothy Young, adolescent en pleine découverte de la culture des loisirs et de l’amour. Derrière un portrait attachant et drôle (la scène du placard est un petit bijou !) de ce jeune homme s’expriment la retenue so british qui caractérise nos voisins d’outre-Manche, et leur difficulté d’exprimer leurs sentiments et de s’offrir au plaisir. Là encore, Lodge met en parallèle ces deux cultures avec une talent de conteur et d’écrivain (non, ce n’est pas la même chose !) incroyable.

Ce roman a tout du livre culte. Je mets maintenant Heidelberg dans mes destinations prochaines de vacances, juste pour voir ce que, moi aussi, je peux y apprendre.

Poster un commentaire

Classé dans Grande-Bretagne, Romans