Archives de Tag: 2012

Universal : 100 ans de cinéma

UniversalCollectif sous la direction de Jean-François Rauger (2012)

En résumé : L’histoire des studios Universal, de 1912 à nos jours.

Mon avis : Il est assez difficile de parler de ce genre d’ouvrages, car le but premier de leur existence est d’exposer des photos magnifiques relatives à leur sujet ; et ici il y en a, de belles photos en noir et blanc (Éditions de La Martinière, quand même!), qui illustrent les différentes sections du livre : une histoire générale du studio, les figures importantes de ce succès, les réalisateurs, puis les acteurs qui ont fait la renommée de Universal, et enfin une centaine de films représentatifs.

Ce qu’on découvre tout d’abord, et qu’on a oublié de nos jours, c’est à quel point les grands studios hollywoodiens de l’époque avait chacun une marque de fabrique, une réelle identité. Universal a connu ses premiers vrais grands succès grâce aux film d’horreur des années 30, devenus mythiques maintenant : Dracula, Frankenstein, La Fiancée de Frankenstein, Le Loup-garou… c’est eux! Puis les films noirs de Robert Siodmak, les westerns d’Anthony Mann, quelques films d’Hitchcock, jusqu’à l’arrivée d’un petit nouveau dans les années 70, qui va bouleverser l’industrie du cinéma : Steven Spielberg. N’ayant pas les stars de la MGM ou les budgets de la 20th Century Fox, Universal a misé sur la créativité, des formules efficaces (usées parfois jusqu’à la corde!), des partis pris originaux. Le studio a bien sûr connu des hauts et des bas artistiques et économiques, car le livre nous fait découvrir également les rachats successifs de l’entreprise par des magnats des communications ou par des sociétés touche-à-tout. Les auteurs nous donnent à lire une réalité économique, bien loin de l’aspect créatif et glamour que représente un studio de cinéma.

Cependant, pour en revenir au livre même, je comprends très bien qu’il est la somme d’un travail énorme sur les archives et les documents relatifs aux productions, et qu’un seul auteur aurait mis des années à finir un volume comme celui-ci (en même temps, je ne sais pas quand ils ont entamé ce projet!). Mais ici les articles des différents intervenants manquent de cohérences, d’une unité. Et le livre perd un peu de sa magie. Qu’on passe d’un professeur à l’écriture factuelle, à un autre qui se laisse emporter par son sujet (et par les notes de bas de page! N’est-ce pas M. Berthomé…), et le projet total devient bancal, certaines périodes décrites mieux que d’autres n’étant pas forcément les plus intéressantes à découvrir. Le changement systématique d’auteur d’un article à l’autre installe le lecteur dans une dynamique de répétition des informations, qui en devient gênante. Enfin, quant à la présentation des 100 films représentatifs choisis par la rédaction, elle sent le bâclé et le ras-le-bol, car à part un résumé et deux lignes sur d’éventuelles anecdotes, certaines pages nous paraissent bien vides. À croire que c’est la même équipe qui s’est occupé de la fin du dictionnaire, où l’on sent une nette décroissance de la motivation par rapport au premières lettres de l’alphabet.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Beaux livres, Cinéma, France

Ça m’agace !

Ca m'agacePensées de Jean-Louis Fournier (2012)

En résumé : Jean-Louis Fournier, par petits chapitres, nous offre un catalogue des choses qui lui triturent les nerfs, qui le mettent en rogne, qui lui donnent envie de mettre des baffes… bref, qui l’agacent !

Mon avis : Quand on offre un livre, il y a souvent deux raisons pour lesquelles on le fait. 1) On veut faire partager un livre qu’on a soi-même apprécié, et on veut le faire découvrir à quelqu’un d’autre. 2) Le livre en soi (titre, couverture, sujet) nous fait penser à la personne. Apparemment, c’est la raison n°2 qui a poussé la tante de ma douce à m’offrir ce petit pamphlet à Noël, l’expression du titre revenant, d’après elle, avec une récurrence certaine dans ma bouche. Soit, comment passer pour le râleur de service entre l’apéritif et la dinde aux marrons. Mais c’était oublier que ladite tante a l’œil (et l’oreille) plutôt juste. C’est donc avec un certain enthousiasme de rabat-joie que je m’attaquai à ce petit volume, certain d’y trouver une âme-sœur dans l’art d’égratigner les bienséances.

Si je me suis tout de suite retrouvé dans les sujets abordés, j’ai vite compris que ce petit livre n’avait quand même rien de subversif. Finalement, qui n’est pas un chouïa énervé par les moustiques, les musiciens de métro ou la déclaration d’impôt ? Mais au lieu de jouer uniquement la carte attendue de l’humour ironique (et pourtant, j’ai ri plus d’une fois!), l’auteur distille ça et là des notes poétiques et une imagination absurde. Et derrière ce portrait de râleur qui se dessine sous nos yeux, on découvre un homme qui voudrait simplement être heureux (comme William Sheller!).

Je ne résiste pas à partager un chapitre qui m’a particulièrement plu :

Pourquoi, à la télévision, les images du bonheur, ce sont des gens qui ont gagné, ou qui vont gagner, beaucoup d’argent? Un footballeur qui vient de marquer un but, une miss France qui vient d’être élue, ou des gens qui viennent de gagner à un jeu télévisé? Ils poussent des cris, ils hurlent de joie, ils trépignent, ils dansent, ils pleurent, ils s’embrassent, ils se roulent par terre, ils étreignent l’animateur. N’y aurait-il pas sur Terre d’autres raisons d’être heureux? D’autres images du bonheur? Pourquoi vous ne montrez pas des gens heureux à cause de rien? Heureux simplement d’être là et de vivre? Heureux chaque matin parce que le jour se lève. Heureux parce que c’est le printemps, qu’il y a des bourgeons dans les arbres. Heureux parce que c’est l’été, qu’il fait chaud, que l’eau de la source est fraîche. Heureux parce que c’est l’automne, que les forêts ont la couleur du feu. Heureux parce que c’est l’hiver, qu’il fait froid dehors et chaud à l’intérieur. Heureux parce qu’ils lisent un beau livre, heureux parce qu’ils adorent le bruit du vent, heureux parce qu’ils parlent et qu’ils écoutent les autres. Heureux parce qu’ils entendent de la musique, heureux parce qu’ils ont fait un beau dessin ou réussi un bon plat, heureux parce que leur parquet brille et leur voiture aussi, heureux parce que leur enfant a eu une bonne note à sa rédaction. Heureux parce qu’ils ont écrit une belle phrase. Heureux parce que la douleur s’éloigne. On dit « bêtement heureux ». C’est pas si bête d’être heureux.

Poster un commentaire

Classé dans Essais, France