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84, Charing Cross Road

Correspo84, Charing Cross Roadndance de Helene Hanff (1970)

84, Charing Cross Road

En résumé : À la fin des années 40, une Américaine excentrique décide de s’adresser à une librairie londonienne spécialisée dans les livres anciens pour commander des volumes introuvables dans son pays.

Mon avis : Chère Mademoiselle Hanff,

Je viens de finir votre ouvrage reprenant la correspondance que vous avez eue avec la librairie Marks & Co de Londres, de 1949 à 1969, et je tenais à vous en parler ici. Je voudrais vous remercier pour le plaisir que ce livre m’a procuré. En effet, votre initiative de faire publier cet échange m’a permis d’apprécier l’évolution des rapports que vous avez entretenus avec cette librairie, notamment avec leur employé Frank Doel. Il est émouvant de constater que, au fil des lettres, une sincère amitié vous lie, et ce malgré la distance et le fait que vous ne vous soyez jamais rencontrés. J’ai apprécié le contraste qui vous oppose, vous tout en extravagance et en ton direct, lui tout en flegme britannique et en subtilité. Je vous remercie également d’avoir pu retranscrire dans cet échange un contexte que l’on a trop vite oublié, à savoir cette époque de vache maigre qu’a traversé la Grande-Bretagne au sortir de la Seconde Guerre mondiale, alors que les États-Unis connaissaient un boum économique sans précédent. Je tiens d’ailleurs à saluer votre générosité envers les employés de Marks & Co, peu de personnes se seraient aventurées à ce qu’on peut considérer comme un trafic international de nourriture.

Cependant, Mademoiselle Hanff, je tiens à vous signaler que, si nous avions été amenés à nous rencontrer, bien des sujets de discorde nous auraient opposé. Si votre amour de la littérature se résume à des autobiographies et à des correspondances historiques, sachez que mon amour de la fiction, dans laquelle je pense vraiment qu’une partie de la vérité de ce monde apparaît bien plus que dans n’importe quel article de journal, m’empêche de comprendre votre soif de réalité, tant il y a de plus belles choses à découvrir à travers les romans. De plus, vos sautes d’humeur vous font vite oublier les conditions dans lesquelles les employés de votre librairie préférée ont travaillé pour répondre à vos envies, et le ton que vous prenez parfois frôle l’ingratitude. Je sais bien que dans le commerce, le client est roi. Mais tout bon roi ne se doit pas forcément de devenir un tyran.

Je me permets de mettre fin à cette missive maintenant pour plonger dans un autre univers imaginaire, en n’oubliant pas, cependant, que votre livre 84, Charing Cross Road, m’a fait rêvé, rire, et procuré des émotions, même si tous ces faits se sont réellement produits. J’espère même, un jour, me rendre à l’adresse indiquée, en mémoire de cette librairie qui n’est plus.

Veuillez agréer, Mademoiselle, l’expression de ma considération distinguée.

Gaël

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Classé dans Correspondance, Etats-Unis